Restauration de l'Orgue de Sadaba
(Espagne, province de Zaragoza)

     Avant la restauration :

     

    En 1986, l’orgue de Sadaba présentait trois stratifications historiques bien déterminées.

    1. Le corps central du buffet, en ébénisterie polychrome, et quelques tuyaux épars à l’intérieur de l’orgue, témoins d’un instrument primitif.

    2. Les 16’ en bois, de part et d’autre du buffet initial, avec leur mécanique ; le  sommier  avec  son abrégé et sa mécanique de tirage des jeux ; la grande majorité des tuyaux -alors conservés dans l’instrument- issus de celui qui n’a pas craint d’apposer fièrement sa signature sur le soubassement du buffet : “SILBESTER THOMAS ME FECIT ANNO 1768 CAESAR AUGUSTAE”. ( SILBESTER THOMAS M’A CONSTRUIT EN 1768 A ZARAGOZA)   

 

    3. Une importante modification de structure que l’on peut situer au début du XXème siècle et dont l’objet était clairement identifiable :

    La Basse  de  Chamade  de  deux  rangs  (Basses de 4’ et 2’ ) céda  sa place aux tuyaux de la Basse  de  Trompeta  Real  8’ disposée  ainsi  à  l’horizontale. Le  Dessus  de Trompeta Magna intérieure devint Basse de Trompeta Real, et ces tuyaux, ainsi  que les Dessus de Trompeta Real furent enfermés dans une boîte expressive spécifique aux jeux d’anche intérieurs désormais appelés Bajoncillo  et Clarin  de  Eco. Un  dessus de Cor de Nuit 8’ prit la place du Dessus de Docena Nasarda et le Cornet fut enfermé dans une boîte expressive. Un clavier aux divisions modernes de 56  notes  remplaça  le  clavier  de  47  notes  sans  que  toutefois  les touches complémentaires ne correspondent  à  un  sommier  auxiliaire. Un transfert mécanique renvoyait à l’octave supérieure les premiers  Do#  et  Ré#  et  à  l’octave  inférieure  toutes  les  notes au-delà  du Do5. Un pédalier horizontal  chromatique  fut installé ainsi qu’une tirasse. Là encore, aucun sommier auxiliaire ne vint compléter la progression diatonique des tuyaux de 1768.

    L’inventaire  de  la tuyauterie révéla une grande qualité de facture. Malheureusement, la Cimbala de 4 rangs avait totalement disparu. Le Lleno avait perdu l’un de ses rangs et ses tuyaux étaient très mélangés ; la Quincena, qui comptait primitivement deux rangs dans la Basse et trois rangs dans les Dessus, n’en possédait plus qu’un seul sur tout l’ambitus de clavier.  

     La restauration :

     

    Nous avons défini avec le musicologue José Luis GONZALEZ URIOL le rétablissement de l’orgue de Silbester Thomas de 1768.

    Les  écritures  apposées  sur  les  flancs  du  sommier  et sur  le  tirage des jeux nous révélèrent la composition authentique de cette époque et l’examen minutieux des écritures des tuyaux permit un total  reclassement  de  la  tuyauterie  et  notamment  la découverte de quelques témoins des rangs disparus de Cimbala, Lleno et Quincena.

    Toute la tuyauterie fut  restaurée minutieusement et les tuyaux  manquants remplacés par des tuyaux neufs réalisés en copie exacte des critères originaux. Le ton de l’orgue avait été monté en déchirant le haut  des  tuyaux  anciens. Après  avoir mandriné toute la tuyauterie, il apparut que le ton primitif était 1/2 ton  plus  bas  que  le La actuel. Toutes  les déchirures furent donc ressoudées et les tuyaux neufs construits à l’ancien diapason.

    Un clavier de buis et de noyer, de  47  notes, fut reconstitué très précisément dans sa division primitive grâce aux aplombs donnés par l’ancien abrégé. Le sommier, entièrement démonté, fut totalement réajusté et remis en peau.

    Pour  les  opérations  de  remise  en  son, nous  avons  adopté un parti de grande modestie en nous interdisant  tout  déterminisme. Cela  n’était  pas  simple  car il était facile de mettre sur le compte de la dernière intervention certains rendus sonores  qui  nous déconcertaient. Pour les tuyaux neufs, nous avons adopté le même parti de modestie afin qu’ils puissent véritablement se présenter comme auxiliaires de la recherche scientifique mais  non  comme  équivalents  à  part entière des originaux, prétendant à une même reconnaissance historique et esthétique.

    Malgré la reconstitution de la longueur originelle des tuyaux, aucune certitude ne put être établie quant au tempérament. Nous avons  retenu le tempérament décrit en 1723 par Pablo Nassarre à Saragosse. Son application était compatible avec les longueurs de la tuyauterie ancienne.
    Ce tempérament est assez peu connu, on en trouvera la description précise en annexe.
  

 Descriptif du tempérament de Nassarre :

 

    Au terme de cette restauration, l’orgue de Sadaba a retrouvé son homogénéité primitive, riche de subtilités sonores dans des progressions de Principaux ou de Nasardos parfaitement équilibrés. Quant à la “Lengüteria” elle est vigoureuse et très colorée au grand bonheur des oreilles de l’organiste !
    Les musiciens de passage sont toujours bien accueillis à Sadaba par un curé connaisseur en matière d’orgue.   
  


Éléments de restauration de l’orgue de SADABA
 (Espagne)

Avant                    Après

Discographie et composition
 de l’orgue